Discours de Mme Albanel, ministre de la Culture, lors de la remise de la Légion d'Honneur à Cesaria Evora, le 9 février 2009 à Paris.
Chère Cesaria Evora,
C'est un grand honneur pour moi de vous recevoir aujourd'hui.
Votre voix, reconnaissable entre mille, a fait le tour du monde ; popularisant les coladeras et les mornas de votre Cap Vert natal ; exaltant l'âme des habitants de votre archipel, leurs rêves, leurs blessures, leurs joies, et, bien sûr, cette mélancolie, cette solitude, la Sodade, que vous chantez mieux que personne.
Lorsque vous avez fait votre apparition sur la scène mondiale, grâce à l'intuition de votre mentor et producteur José Da Silva et à l'immense succès de vos albums Mar Azul et Miss Perfumado, au début des années 90, vous avez fait entrer les rythmes capverdiens dans le patrimoine musical mondial. Dans le sillage de vos nombreux succès, Cabo Verde, Café Atlantico, Sao Vicente di longe, Voz d'amor, c'est toute une génération de chanteurs et de compositeurs qui s'est fait connaître.
Mais ni vos nominations aux Grammy Awards, ni vos disques d'or, ni la présence de Madonna au premier rang de vos concerts new-yorkais n'ont réussi à entamer votre authenticité, votre vérité qui ont forgé votre succès.
Vous êtes toujours restée cette chanteuse à la présence nonchalante que le public a découverte, émerveillé, à Lisbonne, puis à Paris, au New Morning. Cette voix suave que la presse a comparée à Billie Holliday, avant de comprendre qu'elle était unique. Cette « Diva aux pieds nus » qui chantait l'exil, la mélancolie, l'espoir, la terre, le soleil, la pluie qui ne vient pas, dans les bars de Mindelo. Cette fabuleuse interprète des oeuvres de Bia Leza (sic), compositeur fétiche du Cap-Vert, dont vous dites que les chansons sont des « poèmes dans lesquels chacun peut se retrouver » ; ou encore de Gregorio Gonçalves, surnommé Ti Goy, qui a accompagné vos premiers pas.
Ces racines vous nourrissent, vous habitent. Vous les faites revivre aujourd'hui avec la sortie de votre album Radio Mindelo, qui rassemble des chansons souvent inédites, enregistrées dans les studios de Radio Barlavento au début des années 60.
Cette fidélité à vos origines ne vous a jamais empêchée de vous inspirer de tous les styles, de tous les talents. Attachée aux musiques africaines comme aux sonorités cubaines, vous vous êtes toujours enrichie de l'univers d'autres musiciens. Vous avez formé, sur la chanson Yamore, un duo inoubliable avec Salif Keita. Vous avez également participé à l'album Carnets de bord de Bernard Lavilliers. En 2006, sur l'album Rogamar, Ismael Lô et Cali vous accompagnent.
Votre histoire, chère Cesaria Evora, est devenue une légende. Celle de la victoire du talent sur la fatalité. Conjurer le sort par la musique, c'est ce que vous avez fait toute votre vie. C'est ce que vous vous attachez à faire aujourd'hui en mettant votre notoriété au service de la lutte contre la pauvreté. En 2003, vous avez participé à l'événement « Drop the debt », qui a réuni de nombreux artistes pour l'annulation de la dette des pays pauvres. Vous avez également été nommée ambassadrice du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, rôle que vous avez pris très au sérieux.
Je salue ce soir une diva aux pieds nus, Ã la voix d'or et au coeur immense.
Cesaria Evora, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur.
09 Février 2009